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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Les paradoxes de "Samson et Dalilah"


Samson broyant les mâchoirs du lion

Peter Paul Rubens




Les paradoxes de "Samson et Dalilah"
Nessim Robert Cohen-Tanugi 

israel-diaspora

Ce célèbre épisode du livre des Juges a donné lieu à bien des récits ou des versions filmées plus ou moins romancées. Au-delà des légendes hollywoodiennes, ce récit mérite quelques réflexions sur l'histoire et l'identité juive. 

A bien des égards, l'épisode biblique paraît parfois bien paradoxal.
On connaît l'énigme posée par Samson à ses convives, lors de son mariage avec une jeune philistine, 
"De celui qui mange est sorti ce qui se mange
Et du fort est sorti le doux " 
(Juges 14,14)
Cette énigme est l'une des clefs du cycle célèbre de Samson et Dalilah. C'est de cette énigme que va naître et se nouer le drame et c'est elle qui révèle la tragédie secrète et quasi métaphysique de Samson.

Le contexte 
Il faut rappeler les circonstances qui vont précéder et préparer le drame, la tragédie même.
En ce temps-là, les tribus hébraïques installées en Canaan avec Josué, étaient essentiellement agricoles. Un peuple de la mer, venu de Crète probablement (donc descendant de Japhet), les Philistins (Filastine, qui donnera le nom que trop connu de Palestinien) prend pied sur les rivages dans la région de Gaza (Oui, déjà Gaza!). 
C'est un peuple qui est entré dans l'âge du fer et dispose donc d'une supériorité en armement indiscutable sur les Hébreux. La tribu qu'il rencontre est d'abord celle de Dan dont est issu Samson, en avant-poste, et, en arrière de ce front, celles de Juda et de Benjamin. 
Leur supériorité militaire leur permet de soumettre au tribut les Hébreux, de les piller, de les exploiter. 

Le nazir
Il n'y avait pas, en ces temps troublés, un Juge pour diriger le peuple hébreu. Rappelons que le mot "Juge", au sens biblique, ou "chophet" ( qui a donné le nom de "suffète", titre d'Hannibal, par exemple) est un guide à la tête des tribus, au rôle à la fois social, politique et militaire s'il faut faire face aux difficultés et défis de l'époque.
C'est dans ce contexte que, selon la Bible, D.ieu va alors susciter un Goël, un "sauveur", et à cette fin, il va choisir (comme dans d'autres cas) une femme stérile et méritante à laquelle il promet un enfant qu'elle devra consacrer à D. en en faisant un Nazir (d'un racine qui veut dire "voué"). Sa mère l'appelle Samson, Chimshon, de la racine "soleil", notons-le pour la suite.
L'une des obligations du Nazir était de ne pas se couper les cheveux, afin de le singulariser, pendant la durée limitée du naziréat. Seuls deux personnages bibliques, Samson et Samuel furent "voués" avant leur naissance donc tenus au respect à vie les commandements du nazir, à l'exception notable de ceux qui les écartent de l'impureté rituelle des cadavres. 
Sinon, comment Samson aurait-il pu tuer autant de Philistins ? 
Ces cheveux longs sont à l'origine de bien des malentendus et ont décrédibilisé l'histoire car comment la force pourrait-elle être liée aux cheveux ? Ce ne peut être donc qu'une légende sans fondement. 
Pourtant le texte est clair : Samson est un homme comme les autres, plus ou moins fort mais sa force n'est pas surhumaine mais plutôt supra-humaine. Lorsqu'il en a besoin, c'est le Rouah hakodesh, l'esprit de D. qui s'empare de lui (14,6 et 19 - 15,14 - 16,28). La chevelure n'est que le signe de l'alliance. En coupant ses cheveux, il rompt le contrat et donc le lien avec le Rouah hakodesh(16,20).

La main du destin
Or, Samson semble indifférent à sa vocation de Nazir et devient un adulte sans que le moindre signe de sa force ou de sa destinée au service de D. apparaisse. Bien au contraire, cet homme fort est doté d'une extrême faiblesse (premier paradoxe) avec les femmes et, singulièrement avec les Philistines dont il est prompt à subir le coup de foudre. Au point qu'il veut à tout prix se marier avec l'une d'entre elle, tout en sachant que c'est contraire aux Commandements, ce qui est étrange pour un nazir qui doit être particulièrement attentif aux mitzvoth(2è paradoxe). Ses parents s'en offusquent et le rappellent à ses devoirs : "N'y a-t-il pas assez de femmes parmi les filles de tes frères et dans (notre) peuple ?" (14,3). Comme beaucoup de Juifs, Samson semble fasciné par les non-juifs ( ou les non-juives !) et attiré par l'assimilation. Il semble s'écarter donc à sa vocation de nazir. Mais la Providence sait ce qu'elle fait : cet attrait irrésistible pour une Philistine lui est insufflé par D. lui-même afin de déclencher les hostilités entre Philistins et Hébreux. 

Un signe de sa vocation
D. va lui envoyer un premier signe. Sur le chemin de Timna (aujourd'hui Khirbet Tibna) voici qu'un lion se jette sur lui et, qu'à mains nues, il le déchire, sous l'emprise d'une force divine. 
Il comprend qu'il y a là un signe étrange qui l'interpelle. 
Quelques jours après, il fait un détour pour voir s'il n'a pas rêvé : le cadavre du lion est là pour l'attester et voici qu'une anomalie, un nouveau signe le surprend. Dans le cadavre s'est logé un essaim d'abeilles qui ont produit du miel. Surpris, il vérifie en goûtant le miel. L'affaire lui paraît tellement étrange qu'il n'en parle à personne, pas même à ses parents ni à sa fiancée philistine. Mais ce signe l'intrigue et il sent qu'il y a là un mystère supra-naturel. Il est tellement hanté qu'il décide de poser une énigme aux invités, celle que nous avons mis en exergue. 
De la manière dont il la formule, il est tout à fait clair que ce qui l'a frappé c'est le paradoxe de l'événement. Le lion est fait pour manger et voilà que c'est lui qui est dévoré par les abeilles. Le lion est le symbole de la force et voici que cette force délivre la douceur du miel. Tout se passe comme si tout d'un coup la règle naturelle était transmuée en son contraire.
Il prend conscience que sa situation est aussi sous le signe du paradoxe. 
Sa mère lui a raconté sa naissance miraculeuse et sa vocation divine. 
Mais son vécu, son attrait pour les jolies femmes philistines, son désintérêt pour la foi, pour le destin de son peuple sont en totale contradiction, paradoxales pour sa vocation. Et pourtant voici qu'un signe, sa victoire facile sur un lion, suivi d'un second signe, l'essaim et le miel, lui indiquent qu'il y a un "mystère Samson", un mystère pour lui d'abord.

Les premiers combats
Il pose donc son énigme aux 30 invités du mariage et fait un pari dont l'enjeu est 30 tuniques s'ils ne trouvent pas la solution. Fous de rage de risquer de perdre le pari, les Philistins imposent à la fiancée, sous menace de mort, ( décidément, la violence a des racines lointaines dans Gaza…) d'obtenir de Samson la réponse de l'énigme. Sous la contrainte, elle obtient la réponse de Samson qui témoigne à nouveau de sa faiblesse (lui qui est si fort !) face aux femmes. 
Les invités gagnent le pari et Samson comprend qu'il a été trahi et en devient fou de rage. C'était ce que voulait D. pour que Samson déclenche la guerre contre les Philistins (verset 14,4). L'escalade de la violence commence. Samson rapporte les 30 tuniques du pari en tuant 30 Philistins. 
Après quoi, sa femme qui s'est crue abandonnée, épouse l'un des invités philistins. 
Samson se sent à nouveau trahi par les Philistins qui lui ont volé sa femme après l'avoir escroqué de 30 tuniques. Il riposte en brûlant leurs récoltes. Notons à nouveau le lien symbolique entre Samson ( le soleil) et le feu.
Les Philistins en représailles tuent sa femme en la brûlant ( à nouveau le symbole du feu et, accessoirement, cette barbarie qui semble enracinée à Gaza). Samson se bat alors contre les troupes philistines et les bat à plate couture
Les Philistins, fidèles au chantage et au meurtre, se tournent vers les tribus de Judah et menacent de les massacrer sauf s'ils livrent Samson. Lâchement, au lieu de joindre leurs forces à Samson, elles réunissent 3000 des leurs pour attraper Samson caché dans une grotte et le livrer. Samson ne veut en aucun cas se battre avec ses frères et les tuer. Il leur propose de se rendre sans résister à condition qu'ils promettent de ne pas tenter de le tuer. Ils le ficellent et le livrent aux Philistins. C'est alors qu'il casse ses liens et massacre avec une mâchoire de cadavre d'âne 1000 Philistins. 
Mais l'attrait des Philistines continue à brûler Samson, déchiré entre sa vocation et sa passion. Il se rend à Gaza au cœur du terrain ennemi pour avoir des rapports avec une prostituée philistine. Il échappe aux Philistins qui le traquent et en guise de trophée, met sur son dos les portes de la ville qu'il emporte à Hébron. 

Le soleil et la lune : Samson et Dalila
C'est ici que va commencer le célèbre épisode de Dalilah, probablement une courtisane puisque les chefs Philistins luis proposent chacun 1100 sicles si elle parvient à découvrir le secret de sa force. 
Voici de nouveaux paradoxes qui se révèlent. Samson vient, nous l'avons dit, d'une racine hébraïque qui désigne le "soleil" et Dalilah d'une racine, laïlah qui vent dire la nuit. Son nom est composé aussi d'une autre racine "dal" qui veut dire faible. Samson le fort et Dalilah la faible : l'énigme du lion se réalise : l'union du fort et du doux liés par la mort. 
Dalilah séduit Samson et à la troisième tentative lui arrache son secret. En coupant les cheveux de Samson, elle l'ampute du naziréat et rompt le pacte avec les forces divines qui soutiennent Samson. "L'ensoleillé" Samson va, par sa liaison avec Dalilah, la nuit, être condamné à vivre dans la nuit : les Philistins lui crèvent les yeux, ses yeux par lesquels il a péché, avec lesquels il a succombé à ses passions. Comme le dit le Choulhan Aroukh, "les yeux voient, le cœur faiblit, les membres nous portent". 
En captivité les cheveux de Samson repoussent. Mais cela ne suffit pas pour que la force lui revienne. Enchaîné aux colonnes qui soutiennent le temple païen philistin, il demande à D. de lui insuffler une dernière fois la force de son esprit, son rouah hakadosh et brise alors les colonnes ensevelissant 3000 Philistins avec lui. 

Le mystère de la destinée
Samson récapitule en lui tous les paradoxes de la condition juive. Il vivra intensément le conflit entre sa vocation juive et l'attrait de l'assimilation que témoigne son attrait pour les Philisitines, le paradoxe de la force masculine et de la faiblesse pour le sexe féminin, la faiblesse de la femme dont la force est la ruse, sa capacité de séduire et de faire trébucher son époux comme Eve. Elle est un être ambigu, source de bonheur et de malheur. Paradoxe du peuple juif qui est comme Samson faible et vulnérable lorsqu'il se fie à ses seules forces (les tribus qui livrent Samson par peur des Philistins) et devient invincible lorsqu'il agit conformément au projet de D.

Paradoxe également de la liberté humaine. L'homme est libre, mais il propose et D. dispose. L'homme choisit son projet, mais c'est seulement celui que D. agrée qui se réalise. Samson choisit par trois fois la liaison avec des Philistines mais par trois fois ce ne sera pas l'alliance mais au contraire la guerre qui se livrera avec ce peuple. Dalilah veut aider son peuple en livrant Samson. Mais Samson détruira le Temple et détruira l'élite des Philistins. 

L'homme apparaît ici comme un jouet entre les mains de D. Il est à la fois héros et victime. La seule destinée humaine est d'assumer sa vocation et de faire la volonté de D. ce qui fait que D. accomplit la sienne.

Et les Philistins ?
En fait, les Danites, malgré Samson, finiront par lâcher pied devant les Philistins. Ils abandonneront leur territoire et émigreront au nord, à la frontière du Liban et du Golan.
Mais Samson démontra aux Juifs que les Philistins étaient loin d'être invincibles. Et David, quand il défia Goliath se souvint peut-être des exploits de Samson. Bientôt les Juifs retrouveront la confiance qui leur permettra de vaincre définitivement les Philistins.
Les Filistin d'aujourd'hui, les Palestiniens, n'ont que le nom des Philistins mais ne sont pas leurs descendants. Mais comme les Philistins ils contestent aux Juifs la possession de leur pays. 

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