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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

L'adoption

Peinture de Nelly Kahloun



A lire sur judeocite

Le Judaïsme a une position ambivalente face à l’adoption : de la Bible jusqu’à aujourd’hui, les exemples d’adoption sont nombreux. Pourtant, seule, la mère transmet l’identité religieuse à son enfant. Cette filiation, fondée sur les liens du sang semble donc rendre impossible toute procédure d’adoption. Mais à travers le Talmud, les Rabbins ont réussi à apporter des solutions afin de concilier la Halakha au désir d’enfants des couples juifs.

Aujourd’hui, pour répondre à l’impossibilité d’enfanter ainsi qu’au désir d’être parent pour les couples homosexuels, la Science et l’adoption sont devenues dans notre société moderne, choses courantes. Face à l’augmentation d’orphelins et d’enfants abandonnés, beaucoup de futurs parents choisissent l’adoption, conciliant ainsi un désir d’enfant et un sentiment altruiste. Plus de 25 000 couples en France sont en attente d’adoption et plus de 8 000 font une demande chaque année. Qu’en est-il pour les familles juives qui souhaitent adopter ? Le Judaïsme ne reconnaissant que la filiation par la mère, fondée sur les liens du sang, l’adoption d’enfants non-juifs est-elle possible ? la conversion est-elle obligatoire ? Quelles solutions la Loi juive a-t-elle prévue pour pallier l’absence de filiation adoptive dans les textes sacrés ?

Depuis l’Antiquité, la Bible et le Talmud offrent des exemples de la pratique de l’adoption : Moïse sera sauvé et adopté par la fille du Pharaon, Sarah, Rachel, décrites comme stériles, donneront leurs servantes pour concubines à leurs maris respectifs afin d’avoir des enfants. Mikal, épouse du Roi David, également stérile, deviendra mère de « cinq fils » , enfantés par sa sœur. Le concept même d’adoption, immoutz en hébreu, est absent des textes bibliques et halakhiques. Les codificateurs de la Halakha ont toujours refusé de l’admettre dans le droit juif. Le statut personnel du parent comme de l’enfant n’étant fondé que sur les liens du sang. L’adoption pose la question de l’origine : « Le sang comme l’ADN, c’est la trace, génétiquement matérialisable, de l’origine » .

Prenant appui sur l’interprétation des exemples bibliques, le Talmud dit que « Ceci nous enseigne que quiconque élève un orphelin dans sa maison doit être considéré, selon les Ecritures, comme si cet enfant était né de lui » . Mais au lieu de parler d’adoption, les rabbins ont développé une Institution ressemblante, qu’ils désignent comme l’institution de « la personne qui élève l’enfant d’un autre ». Au lieu de parler de « parent adoptif », le terme de « parent d’accueil » est employé. Le fait de recueillir un orphelin et de l’élever comme le sien est encouragé et considéré comme une Mitsva (bénédiction). Les rabbins ont mis en place, à travers le Talmud et la Halakha, de nombreux instruments permettant d’aboutir à des solutions proches d’une véritable adoption, tant sur le plan familial et affectif, que sur le plan social, patrimonial et successoral. L’important demeurant le bien-être et l’intérêt de l’enfant. Pendant des siècles, les familles juives, désireuses d’adopter, s’appuyaient sur la Loi juive. De nos jours, c’est la loi du pays et les autorités laïques (tribunaux civils, services sociaux) qui régissent l’adoption. Les familles juives pratiquantes doivent alors essayer de concilier la Halakha et la loi civile, la tradition et la modernité.

Historiquement, beaucoup d’enfants juifs ont été adoptés par des familles juives après la Shoah via des associations comme l’OSE (œuvre de secours aux enfants). Quelques Institutions juives américaines comme la Jewish Children’s Adoption Network offre également la possibilité d’adopter des enfants juifs. Depuis 1990, plus de 1000 enfants juifs ont été adoptés : « 10 % de nos enfants sont en bonne santé, les autres enfants ont des handicaps légers ou plus lourds, certains ont été abusés ou maltraités. Les adopter c’est leur permettre d’intégrer un foyer juif et leur donner la chance de suivre, en famille, les préceptes juifs. C’est leur offrir une nouvelle chance de se reconstruire. Beaucoup de couples juifs nous disent qu’ils préfèrent adopter des enfants juifs parce qu’ils ressentent un lien de parenté avec les autres juifs. Dans un certain sens, en adoptant des enfants juifs, nous continuons la lignée des enfants d’Israël et descendants d’Abraham. Nous faisons partis d’une même et grande famille ». Ce n’est pas le cas de certains juifs orthodoxes qui préfèrent adopter un enfant non juif afin de le convertir plutôt qu’un enfant juif de naissance, « de peur qu’il soit un mamzer, un enfant né d’un inceste ou d’un adultère » .

Mais dans la majorité des cas, les enfants adoptés actuellement par des familles juives ne sont pas juifs de naissance. Ils viennent du Vietnam, du Guatemala... Ils sont blancs, noirs, asiatiques. Pour de nombreux parents, adopter un enfant venant d’une autre culture est une richesse supplémentaire : « J’ai eu un enfant lorsque j’étais plus jeune puis je n’ai plus réussi à en avoir naturellement. Alors nous avons choisi l’adoption. Nous avons adopté deux enfants. Un garçon qui a du sang russe et une fille qui est afro-américaine. Ils ont été converti au judaïsme et nous leur avons transmis nos traditions. Nos deux enfants servent de pont entre toutes ces cultures tout en s’intégrant dans notre continuité. Ils ont élargi ma vision du monde. Adopter a été comme une grossesse qui a duré plus longtemps que 9 mois. Nous avons mis plus de 5 ans à constituer notre famille. Il y a eu tellement de démarches administratives. Mais notre désir d’enfant était tellement profond que nous avons trouvé la force d’affronter ce parcours du combattant. Il n’y a pas de différence entre un enfant biologique et un enfant adopté, ce qui est important ce sont les liens que l’on tisse entre eux et nous. Ils ont pris nos manières et nos expressions. Une dame dans la rue m’a dit que mon fils était mon portrait craché… » témoigne Sarah B.

En Israël, 10.000 enfants attendent d’être adoptés. Peu de couples sont prêts à adopter un enfant âgé de plus de 9 ou 10 ans, surtout si c’est un enfant perturbé ou handicapé. A l’encontre de la Halakha, la législation israélienne laïque reconnaît pleinement l’adoption. L’article 5 de la loi sur l’adoption stipule que le parent adoptif doit être de la même religion que l’enfant adopté. Le texte de référence est la loi sur l’adoption des enfants de 1981. Selon ce texte : « l’adoption confère les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes pouvoirs que la filiation légitime, même si ces effets peuvent toujours être modulés par le Tribunal. L’adoption rompt tous les liens juridiques de l’enfant adopté avec sa famille d’origine à l’exception des interdictions à mariage et des règles relatives à la succession. » L’adoption est prononcée par un jugement du Tribunal des Affaire Familiales et peut être secondé, si la famille le souhaite, par un Tribunal rabbinique. Depuis 1996, après plusieurs scandales d’adoptions illégales, l’adoption internationale est légalement reconnue et insérée dans la législation israélienne selon la Convention de La Haye de 1993. Malgré quelques cas isolés où la Cour suprême a permis à une femme lesbienne d’adopter les enfants biologiques de sa partenaire, l’adoption d’enfant pour les couples homosexuels n’est pas encore reconnue. Il n’y a qu’aux Etats-Unis que certains rabbins du Mouvement libéral acceptent de convertir au judaïsme un enfant qui a été adopté par un couple de Juifs homosexuels.

Comme selon la Halakha, le statut personnel de l’enfant adopté n’est pas modifié en raison de sa seule adoption, l’enfant adopté doit être converti. Il peut être converti, dès son plus jeune âge, même sans son consentement : « il est possible d’agir sans l’accord de la personne concernée dès lors que c’est dans son intérêt » . Cette conversion est temporaire et l’enfant sera libre soit de confirmer cette conversion lors de sa Bar-Mitzva soit de l’annuler. La conversion se fait en deux étapes, le garçon doit être circoncis et tout comme la fille immergé dans un Mikvé (bain rituel). L’enfant converti sera alors considéré comme le fils ou la fille du parent adoptif et pourra porter son nom. Concernant la conversion de l’enfant adopté, les différents courants du Judaïsme diffèrent : Le Mouvement libéral considère que seule l’éducation que les parents donneront à l’enfant adopté « déterminera ce qu’il sera ». Puis, l’enfant devra, lors de sa Bar Mitzva, faire son choix en confirmant sa « judéité devant un beth-dine ». Mais pour les Orthodoxes, la conversion d’un enfant adopté passe également par l’engagement de ses parents à respecter strictement les commandements de la loi juive en matière de cacherout et de Chabath. La conversion de l’enfant dépendra de cela. A l’inverse, certains rabbins américains du mouvement libéral et « reconstructionist » estiment qu’une simple cérémonie de nomination est suffisante.

Même si le Judaïsme ne parle pas « d’adoption » mais « d’accueil » de l’enfant, cela ne change pas grand chose dans les faits. D’une certaine façon, le Judaïsme a toujours encouragé l’adoption en privilégiant « le bien être et l’intérêt » de l’enfant au désir d’être parents pour les couples stériles. Reconstruire un être qui a été malmené par la vie, offrir à cet enfant une seconde chance est considéré comme une bénédiction. Adopter un enfant non juif, d’une autre couleur de peau ou handicapé l’est plus encore. Cela demande un engagement profond des parents qui devront affronter le regard des autres mais c’est aussi créer un pont entre les cultures et s’ouvrir sur le monde.

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