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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

La loi sur la mort cérébrale




LA LOI SUR LA MORT CEREBRALE
Interview du Rabbin Benjamin DAVID
réalisé par Hanna OVADIA



Deux nouvelles lois viennent d'être votées par la Knesset (le Parlement Israélien) le 24 mars 2008. La première reconnaît la mort cérébrale comme mort juridique et la deuxième légifère la transplantation d'organes d'une personne morte ou vivante.

Pouvez-vous nous éclairer au sujet de ces deux nouvelles lois qui ont fait la Une des journaux récemment en Israël et qui sont considérées comme historiques pour la société israélienne ?

R.B.D: La loi sur la définition de la mort peut être considérée, en effet, comme un moment historique puisqu'elle met un terme à une grande discussion politique, halakhique, spirituelle et philosophique entre le monde médical et le Grand Rabbinat d'Israël qui dure depuis plus de 20 ans. Cette loi vient établir un protocole médical uniforme et obligatoire pour tout le milieu hospitalier afin de définir la mort de façon précise. La commission parlementaire, qui a préparé le projet de loi, a réussi à harmoniser le monde religieux et le monde médical et ce processus pourrait servir d'exemple en Israël et dans d'autres pays en matière de législation en éthique médicale.

Pourquoi ces lois sont-elles si importantes ?

R.B.D: Définir si une personne est considérée comme vivante ou morte, joue un rôle capital, dans les questions sur le débranchement d'appareil respiratoire et le droit de prélèvement d'organes pour les transplantations cardiaques qui ne sont possibles qu'en cas de mort cérébrale alors que les cellules cardiaques sont encore vivantes.
Pour donner une idée plus concrète de l'importance et de l'urgence de la question : en 2007, en Israël, 90 personnes sont décédées par manque d'organe, parallèlement 200 personnes sont décédées de mort cérébrale. Théoriquement, on aurait pu sauver la vie de ces 90 malades.
La polémique face à la définition de la mort entraîne une certaine réticence chez les familles des défunts qui refusent que l'on prélève des organes.

La mort cérébrale est-elle une question récente pour le judaïsme ?

R.B.D: La distinction entre la mort cardiaque et la mort cérébrale est récente puisque la possibilité technique de brancher un accidenté sur un appareil de respiration artificielle n'existe que depuis 1969 (mise au point par une équipe médicale française). Cependant, nous pouvons déjà trouver des allusions dans le Talmud à ce sujet. La définition de la mort dans le judaïsme a été débattue au 18ème siècle, lorsque le Duc de Mecklenburg (Empire Austro-hongrois) imposa, dans un décret, d'attendre 3 jours avant d'enterrer une personne, afin de s'assurer qu'elle soit bien morte, et non évanouie ou comateuse.
A l'époque, Moshé Mendelson (1729-1786, Allemagne), précurseur du mouvement de la HASKALA, écrivit un article indiquant que selon le judaïsme cette attente était souhaitable.
En réponse à cet article qui était à l'encontre du judaïsme orthodoxe, le Rav Yaakov Amdin (1698-1776, Allemagne) interdit formellement tout délai avant l'inhumation.
Le H'atam Sofer (Rabbi Moshé SOFFER 1762-1839, Hongrie), environ 70 ans plus tard, confirma la position du Rav Yaakov Amdin.
Pour étayer leur position, ces rabbins évoquent la définition de la mort et rappellent que l'arrêt de la respiration est le signe indiqué dans le Talmud afin de définir si une personne est décédée.
A l'époque, il n'y avait pas de distinction possible entre la mort cérébrale et cardiaque.
Ce sujet est venu sur le devant de la scène sociale, éthique, halakhique grâce aux avancées de la médecine moderne où cette distinction est apparue.

Puisque les signes de la vie sont si clairs et précis, pourquoi ce débat ?

R.B.D: On parle de mort cardiaque lorsque le cœur ne bat plus, et cela entraînera la mort de tous les autres organes et membres du corps par manque d'oxygénation. Selon la Halakha, il n'y a pas d'ambiguïté : si après avoir tenté de ranimer le malade, le cœur ne bat toujours pas, le malade est déclaré décédé.
Le dilemme survient lorsque le cœur continue de battre alors qu'il n'y a plus d'irrigation sanguine au cerveau, et que celui-ci meurt au bout de quelques minutes. C'est ce qu'on appelle la mort cérébrale.
Là, se pose une grande question de Halakha : Cette personne est-elle considérée comme vivante, puisque son cœur bat ou morte, puisque son cerveau ne fonctionne plus ?

Il faut aussi préciser que le centre nerveux de la respiration de l'homme se trouve dans le tronc cérébral. Lorsque celui-ci est "sectionné", la respiration s'arrête automatiquement. Au bout de quelques instants, tous les organes vont s'arrêter de vivre, y compris le cœur.
Cependant, si l'unité médicale branche ce malade sur un appareil de respiration artificielle, le cœur pourra continuer à battre.

Comment expliquez-vous que le cœur continue à battre alors que le cerveau est mort ?

R.B.D: Les battements cardiaques ne dépendent pas, en fait, du cerveau. Les cellules cardiaques battent de manière autonome, indépendamment de toute commande cérébrale.
Ainsi on comprend qu'une personne puisse être morte au niveau cérébral et que son cœur continue à battre. Branché à un appareil de respiration artificielle, le cœur continuera à battre durant peut-être des jours, des semaines, voire même durant des mois.

Quelles sont les sources ancestrales pour analyser ces situations ?

R.B.D: Dans le Talmud (Yoma 85A), les sages discutent du cas d'un homme qui aurait été enseveli sous un mur le jour du Chabbat. Il est obligatoire de le sauver en utilisant tout le matériel nécessaire pour déplacer les pierres, même si cela nécessite de transgresser le Chabbat. Y a-t-il des limites à ce sauvetage ? Selon quels critères, l'équipe de secours définira-t-elle si cet homme est encore en vie et il faut continuer à tout mettre en œuvre pour le sauver ou s'il est déjà mort et il faut alors tout arrêter ?
Le Talmud expose deux positions :
- Les sauveteurs déblayeront les décombres jusqu'au nez, afin de vérifier la respiration. S'ils constatent qu'il n'y en a plus, ils doivent s'arrêter.
- Le déblayage s'effectuera jusqu'au cœur et s'il n'y a plus de battements, un terme sera mis à l'opération de sauvetage
C'est le premier avis qui a été retenu par les décisionnaires rabbiniques. Rambam (Chabbat, chap 2, 19), Choulh'an Aroukh (Orakh Khaïm 329, 4).

D'après l'explication de Rav Papa, dans la suite du Talmud, s'il n'y a plus de respiration le sauvetage devra s'arrêter même dans le cas où le reste du corps est encore enseveli, alors qu'il est tout à fait possible que le cœur batte encore. Cette personne est définie comme morte puisqu'elle ne respire plus. C'est de cette source, que le grand rabbinat d'Israël a défini que : c'est la mort cérébrale et l'arrêt de la respiration qui définissent la mort et non les battements cardiaques.


D'autre part, dans la Mishna Ohalot, (chapitre 1, Mishna 6), on évoque le cas d'une personne guillotinée et dont le corps bouge encore. Un Cohen peut-il toucher une telle personne sachant qu'un Cohen a l'interdiction de toucher un mort ?
La Michna est claire : la tête sectionnée équivaut à la mort. Le Cohen ne pourra pas le toucher. Les tressaillements de ce corps, voire même des battements cardiaques, n'ont pas de signification. La Michna les compare aux mouvements de la queue d'un lézard que l'on a tranchée et qui bouge encore.

En conclusion, la section du tronc cérébral qui équivaut au guillotinage est considérée comme la mort.

Pouvez-vous nous présenter la position des décisionnaires rabbiniques actuels ?

R.B.D: Le Rav Mordehai Eliyahou, le Rav Ovadia Yossef, le Rav Avraham Shapira (Z'l), les anciens Grands Rabbins d'Israël reconnaissent la mort cérébrale comme la mort.

Par contre, d'autres grandes sommités rabbiniques, tels que le Rav Yossef Chalom Elyashiv (Jérusalem) ou le Rav Chmoël Halevy Vozner (Bnei Brak) considèrent que tant que le cœur bat, la personne est vivante. Selon cette position, il serait totalement interdit de prélever un organe d'une personne dite morte de mort cérébrale. Ils considèrent que cela "serait tuer un homme pour en sauver un autre", ce qui est interdit. Nous n'avons aucun droit d'écourter la vie d'un homme même si son état est critique car chaque seconde de souffle de vie a une valeur suprême.

Puisque la décision du grand Rabbinat date de 1986, pourquoi a-t-il fallu attendre 21 ans pour que cette loi soit votée à la Knesset ?

R.B.D: En fait, c'est la divergence entre le corps médical et le Rabbinat qui a retardé l'aboutissement du projet de loi.

Le Rabbinat a émis deux conditions afin de valider son autorisation :
- Rajouter au protocole déjà établi par le corps médical, un examen supplémentaire. A l'époque, le Rabbinat avait proposé d'utiliser un appareil, le PEA (Potentiel Evoque Auditif), qui détecte le passage d'ondes électriques depuis l'oreille vers le cerveau. Cet examen confirmerait la crédibilité du diagnostic médical.
- Le Rabbinat avait aussi exigé la présence d'un de leur représentant lors des examens.
Les représentants du corps médical refusèrent catégoriquement la présence de ce surveillant rabbinique. Quant à l'appareil demandé, n'étant utilisé dans aucun autre pays, il fut également refusé.

Afin d'arriver à un compromis, le débat fut relancé régulièrement en vain par des rabbins, notamment par le Rav Lau, ancien Grand Rabbin d'Israël. Ce n'est que dernièrement, que le député Otniel Schneiler a réussi à trouver un accord. Une échographie doppler transcrânienne sera effectuée afin de confirmer l’absence de circulation sanguine dans le cerveau.

Par contre, la présence d'un rabbin lors de l'examen est toujours considérée comme un affront. Un accord entre les parties, a abouti à la création d'une commission dont le rôle est d'assurer le suivi du milieu hospitalier en matière de mort cérébrale, et éventuellement de proposer des modifications. Cette commission nommée par le ministère de la Santé et se compose de différentes personnes : 3 médecins, 3 rabbins, 1 juriste, 1 spécialiste en éthique et 1 représentant d'une autre religion.

Que prévoit la loi pour les familles, adeptes du Rav Elyashiv, qui ne reconnaissent pas la mort cérébrale ?

R.B.D: La loi tient compte de leur position. En effet, il est stipulé que si une famille ne reconnaît pas la mort cérébrale comme décès, elle a le droit de s'opposer au débranchement, refuser le prélèvement d'organes et d'exiger la continuité des "soins".

Y a-t-il une évolution dans l'opinion du monde rabbinique sur ce sujet ?

R.B.D: Le Rav Moshé Feinstein, dans une réponse écrite dans les années 70, avait interdit toutes les transplantations d'organes. Par contre, son fils le Rav David Feinstein, a déclaré que son père avait autorisé plusieurs cas de transplantation. En fait, le Rav Moshé Feinstein n'a pas changé de position par rapport à la mort cérébrale, mais il a tenu compte de l'évolution de la médecine. Avant l'apparition de la cyclosporine A dans les années 80, qui prévient le rejet du greffon en bloquant la réponse naturelle du système immunitaire, les chances de réussite des transplantations étaient très faibles et mettaient en extrême danger la vie du transplanté.
L'utilisation de ces médicaments actuels contre les rejets, a fait basculer le pourcentage de réussite, ainsi que l'opinion du Rav Moshé Feinstein

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