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AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Le Pardon

                                        musee-moutier 

                                      André RAMSEYER                                                   (1914 – 2007)
                                                                   Le Pardon, 1950 


Talmud de Babylone, traité Yoma 85 b 

Les fautes de l'homme envers Dieu sont pardonnées le jour de Kippour, mais les fautes entre l'homme envers autrui ne sont pardonnées qui si on se réconcilie avec lui. 

Talmud de Babylone, traité Yoma 87 a 

Rav Yossef fils d'Habou a interrogé Rabbi Abahou : il est dit (dans la Mishna) "les fautes entre l'homme et son prochain ne sont pardonnées qui si on se réconcilie" et pourtant il est écrit (I Samuel 2, 25) "Si un homme offense un autre homme, Dieu (Elohim) fait justice; mais si c'est Dieu lui-même qu'il offense, qui intercédera pour lui ?" N'est-ce pas Dieu qui juge ? S'il en est ainsi, répond R. Abahou, lis la fin du verset "mais si c'est Dieu lui-même qu'il offense, qui intercédera pour lui ?" En fait voici comment il faut comprendre : Si un homme commet une faute à l'égard d'un homme puis l'apaise, Dieu pardonnera. Mais si la faute est commise à l'égard de Dieu qui pourra intercéder pour lui (le fauteur) sinon le repentir et les bonnes actions. Rabbi Isaac enseigne : celui qui offense son prochain, même par des propos, doit l'apaiser (pour être pardonné), comme il est dit (Pv 6, 2) : "Mon fils, si tu t'es porté garant pour ton prochain, si tu as engagé ta parole pour un étranger, tu es pris au piège de tes promesses; tu es devenu le prisonnier de ta parole. Fais donc ceci, mon fils, pour recouvrer ta liberté, puisque tu es tombé au pouvoir d'autrui : va, insiste avec énergie et livre un assaut à ton prochain."




Le pardon dans le judaïsme

Compte-rendu de Mathieu Lavigne
Marc-Alain Wolf
Marc-Alain Wolf est psychiatre à l'Institut Douglas et professeur au Département de psychiatrie de l'Université McGill. Il s'intéresse particulièrement au judaïsme, sa religion, et au pardon. Il a publié plusieurs livres, notamment un sur le mysticisme juif et un autre où il propose une lecture psychologique de la Bible. Il a aussi écrit un roman intitulé Kippour, publié en 2006 aux Éditions Triptyque.
Éléments d'introduction

D'entrée de jeu, Marc-Alain Wolf souligne que le pardon dans le judaïsme prend ses origines dans la Bible. La fête de Kippour, qui est la fête du pardon, le célèbre comme il est écrit dans le Lévitique : « En ce jour, Dieu vous accordera le pardon afin de vous purifier. » Aujourd'hui, la prière dans les synagogues lors de cette fête commence ainsi : « Oui, j'en prends la résolution, je pardonne à ceux qui m'ont causé du tort, qu'ils l'aient fait sous la contrainte ou de plein gré, par inadvertance ou délibérément, qu'ils m'aient nui par leurs propos ou par leurs actes, à tous, quels qu'ils soient, je pardonne. Que personne ne subisse Ta rigueur à cause de moi. »
Il y a dans le judaïsme, comme le relève ce panéliste, deux aspects indissociables qu'il faut toujours considérer : l'aspect individuel et l'aspect communautaire. Ainsi, le pardon accordé au cours de la fête de Kippour est à la fois personnel et collectif. Pour faire l'expérience des deux types de pardon, l'individu doit répondre à deux obligations : pour obtenir le pardon individuel, il doit se repentir, reconnaître ses péchés, ressentir du regret, vouloir changer; pour pouvoir partager le pardon collectif, il doit se sentir lié à la communauté, et plus ce lien est fort, plus l'absolution obtenue par la médiation de la communauté est importante.
La question du pardon est double : il y a le pardon que l'on cherche à obtenir, puis celui que l'on donne. Dans le judaïsme, affirme Marc-Alain Wolf, on insiste beaucoup sur le pardon que l'on demande, et moins sur celui que l'on donne. On insiste sur le repentir, la transformation de soi, sur ce qui est appelé en hébreu la techouva. Le pardon est donc un cheminement, il faut s'engager pleinement dans le pardon. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas d'hommes dans la religion juive dont le rôle est d'accorder le pardon, du moins de nos jours, car à l'époque biblique, le prêtre pouvait donner une « parole de pardon » qui se résumait à ces quelques mots : « Tu es pur, tu peux revenir dans la communauté. » Ces mots prononcés par le prêtre suffisaient alors pour être pardonné.
Il y a aussi dans les rituels qui entourent la mort, une place qui est faite au pardon et qui souligne l'importance qui lui est accordée dans le judaïsme. Les proches entourant le mourant doivent lui pardonner, mais aussi l'aider à demander pardon à Dieu. Et plus tard, lorsque le mort est dans son cercueil, chacun doit, à tour de rôle, s'approcher et lui demander pardon.
Comment distinguer les fautes à l'égard de Dieu des fautes à l'égard de l'homme? De prime abord, cette distinction semble assez simple : tout ce qui porte préjudice matériel ou moral à mon prochain, de même que toute offense verbale qui lui est faite, constituent une faute à l'égard de l'homme; les transgressions des interdits et des commandements rituels, l'idolâtrie et le désespoir appartiennent aux fautes commises à l'égard de l'Éternel. Ne pas respecter le Sabbat et les lois alimentaires, ou encore ne pas croire dans le triomphe du bien et ne rien placer au-dessus de l'argent et même de l'art constituent des offenses à Dieu, des fautes qu'efface le Jour du Pardon si l'individu se repent.

Moïse Maïmonide (1138-1204) sur le pardon
Une fois données les grandes lignes de la conception juive du pardon, le psychiatre Marc-Alain Wolf s'attarde aux propos de Moïse Maïmonide sur cette question afin de l'approfondir davantage. Médecin, philosophe, Maïmonide est un personnage majeur du judaïsme. Il est reconnu pour avoir étudié toute la tradition orale juive afin de fixer les règles de la pratique de cette religion. Encore aujourd'hui, ses écrits dans ce domaine forment le socle de la loi rabbinique. Maïmonide rappelle que tous ceux qui, par leurs actes, méritent d'être condamnés à mort ou encore à la flagellation par le Grand Tribunal, ne seront pardonnés ni par la mort, ni par la flagellation, mais bien par la contrition et le repentir. Maïmonide souligne ainsi toute l'importance de la repentance, de la techouva; on ne pardonne qu'à ceux qui en manifestent sincèrement le souhait et qui réparent leurs torts. Le repentir permet le pardon de presque tous les péchés. D'ailleurs, il est interdit de rappeler la méchanceté d'un méchant qui, à la fin de son existence, s'est repenti.
Maïmonide rappelle que la tradition juive ne repose pas seulement sur la Bible; elle repose aussi sur la tradition orale consignée dans le Talmud. Il est intéressant de noter que dans le Pentateuque, soit les cinq livres de Moïse, il est bien écrit que l'on doit pardonner lors du jour de Kippour, mais le devoir de se repentir n'est quant à lui inscrit nulle part. Cette condition du pardon a donc été introduite par la tradition orale.
Maïmonide propose aussi une démarche pour ceux qui ont péché contre autrui et qui désirent obtenir le pardon. Pour cet auteur du Moyen Âge, quelqu'un qui a blessé ou volé son ami ne sera pas pardonné tant qu'il n'aura pas rendu à son ami ce qu'il lui doit et tant que ce dernier ne lui aura pas pardonné. Et même si le fautif n'a fait que maltraiter son ami par la parole, il doit quand même aller lui demander son pardon et essayer de le toucher. Si son ami refuse de lui pardonner, il doit alors lui envoyer trois hommes qui sont capables de demander le pardon à sa place. Si le pardon est toujours refusé, le fautif doit à nouveau envoyer trois hommes, puis encore trois autres advenant un autre refus. Si le pardon est refusé pour une troisième fois, le fautif cesse alors de le demander, car par ce nouveau refus, l'offensé s'est lui-même installé dans la position du pécheur.
Sur la dimension collective du pardon, Maïmonide rappelle que le sacrifice du bouc lors de la fête de Kippour, soit le bouc émissaire qui était chargé des péchés d'Israël par le Grand Prêtre à l'époque du Temple, permet le pardon de tout le peuple juif, par opposition au rituel particulier, au pardon individuel que les fautifs doivent obtenir auprès de la personne lésée. Ce sacrifice devait permettre le pardon de tous les péchés de la Torah, qu'ils soient graves ou légers, conscients ou inconscients, mais ceci, précise Maïmonide, à condition que le peuple se repentisse.

Emmanuel Lévinas (1906-1995) sur le pardon
Après avoir traité des sources de la conception juive du pardon à l'aide des écrits de Maïmonide, un penseur du XIIe siècle, Marc-Alain Wolf aborde maintenant cette question à partir des réflexions plus contemporaines d'Emmanuel Lévinas, un philosophe français d'origine lituanienne qui fut l'élève d'Husserl et de Heidegger et qui a notamment écrit sur le Talmud. Lévinas a produit au début des années 1960 une lecture talmudique sur la question du pardon qui fut publiée aux Éditions de Minuit dans le livre Quatre lectures talmudiques et dont le panéliste a exposé les grandes lignes.
« Les fautes de l'homme envers Dieu sont pardonnées lors du Jour du Pardon; les fautes de l'homme envers autrui ne lui sont pas pardonnées lors du Jour du Pardon, à moins que, au préalable, il n'ait apaisé autrui… » Lévinas débute sa lecture par cette citation du Talmud sur le pardon, pour ensuite en donner son interprétation. Selon Lévinas, le Jour du Pardon ne permet pas d'obtenir le pardon pour les fautes commises envers Dieu de façon magique, le Jour du Pardon n'apporte pas le pardon par sa vertu propre; il ne peut être séparé de la contrition, de la pénitence, de l'abstinence, de jeûnes, bref, d'un engagement intérieur. Cet engagement intérieur passe aussi par la prière, prière collective ou rituelle, donc par des formes objectives, extérieures, comme l'étaient les sacrifices pratiqués à l'époque du Temple; il y a interdépendance de l'intérieur et de l'extérieur.
Selon ces enseignements de la tradition orale juive, mes fautes commises à l'égard de l'Éternel seront donc pardonnées le jour de Kippour si je m'engage intérieurement et extérieurement à changer, si je m'engage pour le Mieux. On pourrait donc dire, remarque Lévinas, que mes fautes à l'égard de Dieu sont pardonnées sans que je dépende de Sa bonne volonté. Dieu est en un sens l'Autre par excellence, l'absolument Autre, et néanmoins, son pardon ne dépend que de moi : l'instrument du pardon est entre mes mains. Par contre, dit Lévinas, le prochain, mon frère, l'homme, le « petit autre » est, en un certain sens, plus autre que Dieu, car pour obtenir son pardon le Jour du Kippour, je dois au préalable obtenir qu'il s'apaise. Je dépends donc de cet autre qui pourrait désobéir à la tradition juive et me laisser à tout jamais impardonné.
On pourrait s'en tenir là, dit Lévinas. On pourrait en conclure, un peu hâtivement, que le judaïsme place la moralité sociale plus haut que les pratiques rituelles. Cependant, le fait que le pardon des fautes rituelles, des fautes envers Dieu, ne dépendent que de la pénitence, et par conséquent exclusivement de moi, projette peut-être un jour nouveau sur la signification des pratiques religieuses dans le judaïsme. Peut-être que les maux qui doivent se guérir à l'intérieur de l'âme, sans le secours d'autrui, sont précisément les maux les plus profonds. La transgression rituelle, la faute envers Dieu, serait celle dont le pardon requiert toute ma personnalité, œuvre de techouva, de repentir, de retour, œuvre à laquelle personne ne peut se substituer. Être devant Dieu, affirme Lévinas, équivaudrait à une mobilisation totale de soi. La transgression rituelle me détruirait plus profondément que l'offense faite à autrui; qu'un mal exige une réparation de soi par soi, cela mesure la profondeur de la lésion. L'effort que fait la conscience morale pour se rétablir comme conscience morale, la techouva, relève à la fois de la relation avec Dieu et d'un événement absolument intérieur.

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